Le protagoniste

Le nom de Dominique Appia ne dirait rien à plusieurs de ses concitoyens qui habitent Genève, et pourtant, tous les jours, ils sont des milliers à toucher, regarder et côtoyer ses oeuvres disséminées un peu partout dans la ville, dans les maisons, édifices et divers supports, car cet artiste au talent immense est aussi d’une profonde discrétion, malgré des œuvres célèbres dans le monde entier.

Dominique Appia est né le 29 juillet 1926 à Genève, ville multiculturelle par excellence. On retrouve dans chacune de ses œuvres cette forme de métissage qui interpelle et fascine à la fois car bien que l’artiste commence à peindre à quarante ans totalement en autodidacte, cette arrivée tardive va de pair avec l’affirmation de son style qui est l’expression d’un mélange subtil de réalisme et d’onirisme surréaliste.

Forgé par une solide expérience de la vie, il a travaillé comme employé dans le théâtre, en usine, comme chasseur dans un hôtel, chauffeur de taxi, retoucheur de photos, et pendant quinze ans chez un architecte. Il est évident que tous ces passages dans des corps de métiers différents ont contribué au regard unique qu’il porte sur la société, et qu’il retranscrit à travers son art avec finesse et subtilité.

Contemporain, il a toujours ressenti le besoin de peindre, mais surtout de s’exprimer, car si la peinture est une des couleurs de sa palette expressive – la plus forte certes –, elle n’en est pas la seule. Il accorde une grande importance à la communication visuelle et se situe aux sommets des créateurs européens. Tout le monde se souvient de ses campagnes publicitaires et surtout des surprenantes images qui parlent à la plus grande majorité. En 1971 (Le grand voyage): vision écologique et ô combien juste d’un monde à la dérive. Cette image très prémonitoire démontre trente ans plus tard toute sa justesse. Que dire des votations de la destruction de la promenade de l’observatoire de 1982? Ses fameuses gares ont fait le tour du monde, lui faisant acquérir une renommée toujours plus grandissante.

Dans les années 90, alors que son art arrive à une maturité évidente, Rolex, une des plus prestigieuses institutions horlogères dans le monde, décide de lui confier des travaux, et c’est avec une originalité inégalée que le virtuose va arrêter le temps en quelque sorte, en représentant dans le temple de la précision horlogère, ce qu’un artiste peut faire de mieux.

Le bassin, en mosaïque d’émaux de verre de 2000 mètres carrés, les cascades de granit, et les peintures uniques qui rendent cet endroit mythique, lui confèrent une atmosphère particulière et laissent une impression de profonde quiétude à ses visiteurs.

De père italien et de mère française, cette double appartenance a certes été source de conflits internes, de contradictions, mais surtout de richesse expressive sitôt que la synthèse de cette diversité fut acquise. On retrouve particulièrement tout cela dans ses nombreux décors, intégration d’architecture ou décoration murale.

Dans sa famille, l’Art fut une évidence. Son grand-oncle Adolphe, prestigieux metteur en scène de théâtre, son oncle Théodore, peintre et musicien et notamment son père Edmond, premier violon de l’Orchestre de la Suisse Romande dès 1932. Ce dernier joue sous la direction d’Ernest Ansermet au Victoria-Hall. Mais Edmond décourage la vocation musicale de son fils Dominique, qui se serait bien vu pianiste.
Dominique a fini par choisir la peinture à travers laquelle il a touché ses innombrables admirateurs, et chacun dans sa plus personnelle sensibilité. Artiste populaire, il séduit par sa recherche méticuleuse des relations qui existent entre les objets, les lieux ou situations de la vie courante et les couleurs et les formes. Il met ainsi à rude épreuve nos sens d’appréciation du laid ou du beau en en faisant les revers d’une même médaille, celle de la vie.

En 2011, Dominique Appia vient de fêter ses quatre vingt cinq ans, et tout jeune qu’il est dans son esprit, l’artiste se donne de nouveaux défis, essayant toujours de déchiffrer les mystères d’une relation millénaire, celle d’une rencontre entre deux entités qui produit toujours des résultats inattendus: la rencontre de l’homme et de l’art.