Notes d’intention du réalisateur

Nasser Bakhti, réalisateur

Le film «DOMINIQUE APPIA – MÉMOIRES D’UNE ŒUVRE» sera conçu comme un voyage à plusieurs rythmes et sur plusieurs époques relatant le parcours d’Appia et de son œuvre. Un voyage onirique qui célébrera l’amour de la vie et la passion de la peinture. Avec une structure narrative non linéaire qui se dessine comme le souvenir qui échappe à la mémoire. Nous accompagnerons Dominique Appia dans son périple à travers sa ville, à la rencontre de son oeuvre.

Ses souvenirs d’enfance qu’il évoque toujours avec beaucoup de tendresse et de poésie et qui sont comme des images figées dans le temps (la plaine de Plainpalais, pendant la guerre où étaient amassées des centaines de carcasses de voitures pour que les avions n’atterrissent pas et où Appia et ses copains allaient jouer à cache-cache pendant des heures.) Il ne s’agit pas d’un portrait d’artiste classique, mais plutôt d’un film sur un homme profond, sensuel et secret. Un film sur l’impact de l’Art et ce qu’il provoque ou suscite chez les autres dans une ville qui regorge d’œuvres et d’amateurs d’art.

  • Les collectionneurs
  • L’univers Appia et ses inspirations
  • Le style visuel
  • La narration

Ils évoqueront l’homme, l’ami ou l’artiste, ou les trois à la fois. Ils révéleront leurs coups de cœur, leurs attachements à leurs œuvres et leurs choix.

Ils nous esquisseront de manière personnelle leur relation avec Appia au travers des œuvres qu’ils possèdent.

Nous essaierons de pénétrer l’univers Appia (contemplation picturale de la nature traversée par des objets qui rappellent l’existence de l’homme au travers de ses inventions, paysages, amplitude de la mer…) des associations parfois improbables mais déterminantes qui nous surprennent et suscitent notre attention la plus minutieuse.

Comment naissent les toiles d’Appia?
À partir d’un embryon d’histoire ou plutôt à partir de lieux ou d’objets désirables à peindre?
Nous l’écouterons se raconter et raconter son œuvre. Comment il arrive à rendre important des objets ordinaires dans un contexte imaginaire et créer une image au-delà de l’ordinaire pour susciter l’empathie du spectateur?

J’aimerais pouvoir reproduire l’univers Appia au travers des images que nous allons tourner mais sans le copier.

La caméra va cheminer au rythme de cet homme, et au cœur de son œuvre, à la recherche du détail de diverses manières dans ces toiles où certains objets semblent d’abord porter en eux toute la lassitude et en même temps toute la magie du monde.

Le film débutera par un rituel hebdomadaire qui dure depuis 25 ans. Cet artiste de 88 ans dont le plaisir de peindre est intact et qui demeure tenu en éveil par l’appel du rêve et du merveilleux, vient rejoindre à Carouge, et cela chaque lundi soir, un groupe d’amateurs de peinture et de sculpture dans un atelier pour pratiquer le dessin académique. Dans une atmosphère conviviale et sereine. La séance se déroule comme un rituel où chacun retrouve sa place et ses crayons ou ses pinceaux

Cet artiste genevois demeure étrangement méconnu du grand public, en dépit du fait que nombre de ses oeuvres font partie intégrante du paysage de la cité. De fait, Appia est un formidable observateur du monde dans lequel il vit et surtout de la ville de Genève et de ses multiples facettes. En un demi-siècle, Appia a apposé sa marque sur sa ville par plusieurs oeuvres d’envergure, comme la peinture murale de l’Hôtel Métropole, le bassin méditerranéen de Rolex ou le plafond du Victoria Hall.

1. Avec cette scène où l’on découvre Appia remonter comme à son habitude, à petit pas la rue Ancienne avec son petit sac, allant à son atelier de peinture, nous découvrons un homme au crépuscule de sa vie, dont les tableaux se sont vendus dans le monde entier. Il est assis sur un banc, entouré de ses crayons, en train de croquer du nu comme un débutant.

2. Le même soir accompagner Appia et ses amis qui prolongent le plaisir autour d’un repas au restaurant l’échalote. Cette soirée leur permettra d’échanger, de témoigner, de chanter dans une ambiance conviviale.

3. Sillonner la ville de Genève avec Appia pour redécouvrir ses oeuvres et recueillir ses témoignages sur la ville, son histoire et son évolution.
a-Le Victoria Hall et son spectaculaire incendie en 1984. Appia sera à l’oeuvre pour réaliser un nouveau plafond.
b- Sa rencontre avec Rousseau avec lequel il dialogue.
c- Nous l’avons surpris en l’emmenant au Port-Francs où plusieurs de ses grands tableaux achetés par la ville, sont stockés.
d- A lui de nous surprendre en nous faisant découvrir une des plus belles églises de Genève, celle de Saint-Gervais, que beaucoup de gens ne connaissent pas. Cette église abrite de magnifiques fresques médiévales.
e- Le lac de Genève, une passion insoupçonnée. Il évoque la lumière, les couleurs...
Il a peint le bord du lac à toutes les saisons et à toutes les heures.
f- La plaine de Plainpalais, terrain de jeux de son enfance dont il garde des souvenirs incroyables. Le marché aux puces.

Toute cette déambulation à travers les saisons et à travers la ville, sera ponctuée par son histoire depuis sa tendre jeunesse à nos jours. D’autres intervenants viendront donner un éclairage sur lui en évoquant leurs relations.

4. La peinture, une vocation tardive qui le propulse sous les feux de la rampe. Nous nous rendons au Centre Georges Pompidou. Nous le suivons à Paris où les responsables de l’exposition « le Temps des Gares » en 1979 se rappellent de son succès fulgurant et surtout de l’affiche de l’exposition qui a suscité des débats et des analyses par de grands critiques d’art.

5. Pourquoi Paris? Il a fait plusieurs tableaux, qui s’inspirent de cette ville. La Tour Eiffel, le Cimetière du Père Lachaise, certaines stations de métro, la Place de la Bastille et, dans chaque lieu, une anecdote délicieuse ou curieuse vient éclairer ce mystère de l’inspiration.

6. Nous revenons en Suisse et nous rendons visite à plusieurs collectionneurs qui nous parlent de Dominique et de leur rencontre avec son art.
7. Nous allons retrouver Anne Mathil, une femme sculpteur et compagne de Dominique qui raconte leur rencontre et leur passion pour l’art et comment elle perçoit son homme.

8. Nous partons à Zurich retrouver la personne qui a décidé de produire des posters des tableaux d’Appia. Cet homme a vu juste, les posters des tableaux d’Appia se sont vendus à des centaines de milliers d’exemplaires. Le poster du tableau intitulé Entre les trous de la mémoire a battu tous les records et devancé les ventes de Dali, de Picasso et de beaucoup d’autres maîtres. Nous visitons, les lieux de l’impression des premiers posters et nous lançons l’impression comme à l’époque, sous le regard amusé et ému de Dominique Appia.